viernes, 1 de noviembre de 2013

Quand la mémoire se heurte au silence



Quand la mémoire  se heurte au silence
Wilfried Mwenye


Le poète Symplice B. Mvondo, recense les tragédies qui secouent l’humanité et en appelle à l’expertise des archéologues de l’anonymat pour rétablir la mémoire d’une humanité éplorée et coupable de ses propres actes.


Il se trouvera toujours des poètes pour contourner le mutisme pour que la vérité soit dite. Symplice B. Mvondo  compte parmi ceux-là. Accoutumé aux asiles du silence, il commet avec son dernier ouvrage, un brouhaha aphone.

Dialogue avec le silence est une scansion de solitaire. Son auteur fait du silence un interlocuteur certes étrange, mais de qui l’on apprend l’étendue du besoin de parler tant il (le silence) a à dire. On a donc affaire à un dialogue entre solitude et silence.

La solitude abordée par Symplice B. Mvondo se veut collective quoique répercutée par le truchement de son corps à lui. C’est celle des masses, des anonymes esquivés par l’histoire et toutes les autres formes de mémoire inventées par l’humain. Le silence ici personnifié, indexe la volonté des puissants d’étouffer le destin de cet autre acteur de l’histoire condamné par eux à l’aphonie. Or, il est indéniable que son action participe également de ce que l’histoire est véritablement : une aventure humaine avec ses travers et ses gloires. Volonté de puissance ou non, les deux parties sont mues  par une même crainte, celle de l’oubli ou de la solitude.

Anonymes du temps
Notre solitude est bien grande
Et dans chacun de nos gestes
Résonne notre peur d’être oubliés (p.7.)

Le poète convoque l’expertise d’un archéologue de l’anonymat pour conjurer cette fatalité. C’est lui qui saurait exhumer le cumul des silences enfouis par strates. C’est à lui qu’il incombera de dessiner le profil historique auquel l’humanité aspire.Car, héros ou humbles, tous sont partie prenante dans l’effort d’élévation du genre humain. Et cela, il faut le savoir, il faut le dire car

il viendra bien des archéologues de l’anonymat
Qui des poussières du silence
Viendront extraire nos mémoires (p.9.)

Tel est le rêve du poète. Mais le rêve aurait-il encore cette vertu ingénueen dans laquelle se cristallisent les espérances? Non! Il n’y a qu’à en juger par le tableau des tragédies qui émaillent ces dernières décennies. C’est à croire, en parcourant le texte, que la mémoire humaine aime cette odeur rancie de chair mêlée à celle de la poudre à canon. Amnésie de l’homme? Oui, assurément car il aurait suffi de prêter une oreille attentive à cette autre portion de la masse qui endure et hurle mais dont les vibrations de la souffrance s’estompent aux seuils des palaces insonorisés. Mais pour survivre, l’âme s’invente des canaux qu’emprunte le sourire qui convoie vers le salut.

Le sourire est une fenêtre de lumière
Par laquelle l’âme peut s’échapper
Et goûter au plaisir du néant (p.22.)

Soixante et deux pages de dialogues pour contrarier la marche historique de l’humanité telle que nous l’expérimentons. Il faut pourfendre une telle dynamique et instaurer un nouvel ordre. Celui de la parole partagée et de la légitimation de toutes les composantes de l’humanité. Pieux dessein à en juger par les gribouillis du peintre Diffé. Ses tableaux marquent l’espace virginal d’entrelacs où la condition humaine emmaillotée, s’éprouve en une conjugaison chromatique de rouge et noir  pour traduire la souffrance dans laquelle barbotte des ombres humaines vouées à l’anonymat.

Pas, ou très peu de gouttes d’optimisme pointent de ce recueil si vrai, et duquel émane un charme avéré, certainement celui de la fatalité. Les constructions esthétiques les plus recherchées tissent une toile mouvante constellées d’images audacieuses qui font écho au mutisme et sur lesquelles ricochent des convictions crevées. Alors, «Le silence se fait plus opaque /Le ciel fond et dégouline».Le recueil grouille ainsi de pépites dont l’éclat contraste avec la sombre conditionqu’il décrie mais qui, malgré tout, tient à faire témoignage même si,

… la mémoire asphyxiée
Résonne comme une coquille trop pleine
Qui s’enfonce
Au fond de la vase (p.27.)
                                                                                                

Wilfried Mwenye

Symplice B. Mvondo, Dialogue avec le silence, Paris, Edilivre, 2013, 62 pages.



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